9 : la Nuit du 4 août (5) : la Nuit d'amour (3)
Faire l'amour, c'est d'abord beaucoup de tendresse, d'embrassement, de caresses. On ne s'en lasse pas. Le sexe vient après, et c'est tout autre chose, mais ce premier contact est infiniment précieux. C'est surtout étourdissant avec quelqu'un d'inconnu, car ce n'est que la deuxième fois que l'on se voie ! et encore, là, c'était juste à la lueur d'une demi-lune. Une moitié claire, une moitié noire... tout comme ce qui est déjà « nous. »
Nous sommes de grands garçons, ce qui est beaucoup plus intéressant que des petits : les petits jouent, les grands agissent. Agir, oui, mais quoi faire ? C'est LA question que je me pose toujours. Est-ce que l'on va (ou pas) en rester au stade des baisers et caresses ? Ça suffit pour qu'on dise qu'on est ensemble, qu'on a un copain, un boy friend... Moi, j'ai déjà connu ça, mais pas avec la même intensité. Par contre, dans la tête d'Abdou, ça doit être un choc. Sauf que pas tellement. Parce qu'il n'y pense pas à tout ça ; c'est pas des trucs de mecs de réfléchir. Il est dans l'action, et aller au bout est sa seule motive. Lui, il n'est pas dans une boom d'ados ; pas question de rester à s'embrachouiller toute la soirée – même s'il trouve ça aussi agréable que moi... Lui, il en veut plus, il veut même tout ce que je peux lui offrir. Bref, il veut baiser. Il veut me baiser. Et jouir. Jouir dans moi. À part ça, il n'y a rien d'autre (momentanément) dans sa tête. C'est exactement comme un prédateur dont tout ce qui le constitue, corps et âme, n'est fonctionnel que pour une seule chose : choper une proie ! Alors, c'est sûr que je suis dans ses pattes et que sa gueule dévore la mienne, et qu'il va pas me lâcher tant qu'il n'aura pas été assouvi, ainsi que sa nature le commande.
Il avait fait plus de 30° dans la journée. Tout le monde avait pris un coup sur la tête, mais la fraîcheur du soir avait redonné de la vigueur aux entreprenants. Je me suis dit que mon interrogation sur ce que je devais faire ou pas, pour lui plaire et ne pas lui déplaire, n'était pas le plus important. Le plus important était de répondre à ses sollicitations. C'est lui qui dirigeait les opérations, et c'est à lui que je devais m'en remettre pour la suite, sans opposer la moindre résistance à ses désirs.
De fait, il passa à la phase II. Je portais en haut un sweat-shirt manches longues avec un T-shirt manches courtes par dessus, et un bermuda dessous, avec un boxer. Il empoigna les habits du haut de chaque côté et releva le tout pour m'en débarrasser. J'ai la peau claire et il me l'a caressée doucement, comme une chose inconnue qu'il découvrait. Il découvrait surtout le droit (le fait) de toucher le corps d'un garçon, d'un garçon qui voulait bien, d'un garçon qui aimait ça. « Hey, t'es pas mal foutu ! Je te croyais moins musclé. » Bon, je rassure tout le monde : je ne suis pas vraiment musclé, mais juste un peu développé de par la pratique ludique de sports, surtout nautiques. J'ai juste pas un corps de geek, c'est tout – ceci dit sans rien avoir contre les geeks ! ni leurs corps, car certains sont très attirants à mon goût – comme beaucoup de genres de mecs, je l'avoue.
J'ai souri sans répondre, mais il ne me regardait pas (en face), restant ébloui par mon torse pâle. Il avait les yeux qui brillaient comme ceux d'un gamin devant le jouet dont il avait toujours rêvé. Il m'a embrassé un téton, tout en le suçotant, puis a léché ma peau, s'excitant de plus en plus. « J'adore le goût que tu as. » Un instant très fugitif, j'ai eu le frisson d'être prisonnier d'un anthropophage... et cela développa un fantasme de dévoration. Je me serais bien vu, nu et ficelé comme un poulet rôti, servi à la table du roi Abdou de la jungle, pour y être découpé et servi à ses convives – exclusivement mâles –, lui-même se réservant les meilleurs morceaux : le cœur, les fesses et les parties génitales.
Un garçon, c'est renversant... et c'est ce qu'il me fit soudain, pour appliquer aux vêtements du bas le même traitement qu'il avait réservé à ceux du haut : s'en débarrasser, « sans autre forme de procès. » Et je me suis donc retrouvé nu (sauf les baskets) devant mon mec habillé qui contemplait sa prise, désormais totalement vulnérable, avec un air des plus satisfait. Il a écarté mes jambes, pour que je sois en état de totale disposition à son regard et son égard. « C'est comme ça que je voulais te voir. C'est comme ça que je voulais t'avoir... » Ses mains me caressèrent les cuisses, surtout l'intérieur, ce qui me fit me tordre immédiatement d'un frisson de plaisir. Il aima ça, que j'aime ça, que je réponde à ses manipulations, sous son contrôle. Puis il se porta sur mon entrejambe, tripotant le paquet machinalement, assez maladroitement, parce que ce n'était pas une caresse sexuelle, mais juste une palpation. C'était la première fois qu'il touchait un garçon à cet endroit et c'était si extraordinaire pour lui qu'il aurait pu se contenter de cela, si je ne l'avais arrêté d'un : « Aïe ! » car il m'avait un peu écrasé un testicule. « Oh pardon ! J'ai pas voulu te faire mal. Désolé. » Et il se baissa pour embrasser et gober la victime. Elle en fut consolée.
Pas besoin de préciser que je bandais sec, et il m'a sucé direct, s'interrompant juste pour répéter : « Sérieux, j'ai juré, j'aime trop ton goût. » C'était très agréable... mais ce fut bref, car il a pris mes jambes pour les relever – et surtout relever mes fesses. Sa bouche s'est posée sur le point central de son objectif, celui qui l'intéressait plus que tout, depuis le début. Sa langue entreprenait d'en attendrir la volonté d'ouverture. Pour le coup, on ne m'avait jamais fait ça, et je m'en suis délecté d'autant qu'il ne s'en lassait pas non plus, lâchant juste furtivement, dans une respiration : « Putain, j'aime trop ta chatte. »
Et ce fut au tour d'un doigt d'entrer en action. La sensation d'intromission, je la connaissais déjà pour l'avoir pratiquée sur moi-même, en masturbation, soit avec un doigt, soit avec un objet – et divers objets... Là, c'était très différent, car c'était une action non commandée par mon esprit, avec tout ce qu'il y a de délicieusement imprévisible. Et surtout c'était lui. Lui qui portait la possession de mon corps à son paroxysme ! Enfin, pas encore au max, mais à un point de non retour menant tout droit à cet absolu.
Mettre un doigt n'est pas du tout un acte anodin, mais un signe de possession. Il pénètre à l'intérieur de toi, comme un valeureux seigneur entrerait, seul, en premier, dans une place forte conquise – quand bien même celle-ci se serait rendue sans résistance... À peine y introduit-il une phalange, que l'ensemble tout entier devient sien, qu'il en a la jouissance, pleine et entière. Mais également, en symétrie, c'est son corps entier qui fait corps avec le mien en s'y glissant, inexorablement... Et lorsque après cette simple avant-garde tactile, c'est le gros de son corps d'armée qui viendra charger en force ! toute sa puissance, aussi formidable soit-elle, ne pourra résister qu'un temps à son enfouissement dans des moiteurs obscures, où elle trouvera sa petite mort, ce flash d'éternité !
À suivre...
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