4 : le grand Air du Large


On était dans les grosses chaleurs, et je n'ai pas très bien dormi. C'est qu'il y avait aussi une grosse chaleur en moi. Et pourtant, l'objet de mon obsession nouvelle n'était même pas une personne, mais l'image d'une personne. Je l'avais vu, c'est incontestable, mais je n'étais pas certain d'avoir entendu sa voix – n'en ayant pas souvenir en tout cas. Ce n'était pas un fantôme pour autant ! car sa matérialité ne m'avait pas échappée. Évidemment, je ne l'avais pas touché ; mais je ne doutais pas un seul instant qu'il était ferme, et chaud, et vivant, et capable de se mouvoir.

Il y a mille et une manière de se mouvoir... et si je l'ai vu (du coin de l’œil) marcher avec cette souplesse et élégance assez caractéristique des Blacks, je n'ai pu m'empêcher d'extrapoler en imaginant ce que pouvait donner son ondulante verticalité transposée à l'horizontal... C'était absurde, dans l'absolu, mais c'est le propre des fantasmes de donner une réalité à nos désirs... irréalisables. Cette réalité est illusoire, mais l'illusion était parfaite ! Quelles positions n'avons-nous pas ainsi pratiquées ? car mon amant virtuel m'en fit même découvrir ! ce qui n'est pas banal pour un pur esprit... (peut-être des souvenirs oubliés de vidéos pornos). Mais tout cela appartient à la nuit, tandis qu'il faisait jour et déjà grand soleil. Un temps idéal pour une ballade en mer.

Bon, je ne vais pas te raconter notre virée nautique (sur le bateau du père de Rapha), parce que ce n'est pas vraiment l'objet de ce récit. Juste que j'étais ailleurs... pour le reste de l'équipage, mon esprit étant resté à terre, sur ce petit monde isolé du monde, que je voyais du dehors et dont la terre ferme avait le privilège de (vibrer à) porter ses pas, quand il marchait, et plus encore son corps, quand il était couché. Les banlieusards avaient deux tentes, une de 4 places et une de deux. Je me demandais bien dans laquelle il était. Je préférais dans celle de quatre, parce qu'à deux, c'est forcément plus chaud. Il y a une proximité, volontaire ou non, qui installe une atmosphère qui peut vite devenir trouble. J'ai connu ça ; plusieurs fois – dont une qui a fini en câlins, assez poussés...

L'idée qu'un autre puisse lui faire la même chose m'était insupportable ! Que ce soit une fille, passe encore, parce que c'est souvent le cas de figure ; mais si c'est un mec, on entre alors dans mon champ d'action et la rivalité prend du sens. Bon, d'un certain côté, ce serait une très bonne nouvelle qu'il soit du genre à se laisser cajoler par un pote, car cela ouvrirait toutes les possibilités ! Sauf que le mordant de la jalousie me déchirait déjà la chair, à la simple évocation de cette improbable possibilité. Oui, j'ai tendance à une certaine jalousie, tout en n'étant pas plus que cela attaché à la fidélité... de mon côté. Je sais que ça ne me fera pas que des amis, mais je suis franc. Aller, je suis d'accord sur le fait que je doive faire des progrès sur ce comportement peu glorieux – et tu auras compris de toi-même que je parle ici de la jalousie, et non de l’infidélité. [Celui qui a dit : « Ah le bâtard ! » je l'ai entendu...]

Que fait-il ? À quoi pense-t-il ? À qui pense-t-il ? Avec qui il parle ? Comment il est habillé ? ou déshabillé ! Qu'est-ce qu'il a mangé ? Qui le fait rire ? S'est-il baigné ? Comment est son maillot ? Qui attire son regard ? Quels regards sont attirés par lui ? De quoi a-t-il envie ? Qui le fait bander ?

Je déraille – un comble, sur un bateau. Du reste, sur le bateau, j'entends qu'on va virer de bord... Ça m'amuse. Mais bon, je vais rester sur le mien, de bord ; j'y tiens ! Imagine qu'avec cette manœuvre je vire de bord vraiment et devienne hétéro !? Ce serait l'horreur parce qu'immédiatement je ne serai plus amoureux de celui que j'aime... Parce que, oui, je suis obligé de reconnaître que je l'aime, même si ça ne veut rien dire et que ça ne rime à rien, à ce stade de notre relation, qui n'en est pas vraiment une, en fait – à part un regard. Tu crois que ça peut suffire ? Oui ? J'aurai dû m'y attendre, car toi tu penses comme une cagole ! Je ne sais même pas pourquoi je t'ai posé la question... Non, mais te vexe pas, ça n'a rien de personnel en fait ; c'est juste que je comprends pas pourquoi beaucoup de gays se comportent comme des écervelés qui prennent leurs rêves pour des télé-réalités ! Bon, d'un autre côté, ceux qui sont sérieux comme un hétéro ne m'amusent pas tellement non plus...

Ce type n'est pas mon type, à la base, même si je n'en ai pas vraiment. Bon, un black, ça me ferait bizarre, sans doute. Je suis pas raciste ! mais juste pas habitué à en fréquenter (il y en a peu où je vis), et donc pas trop à fantasmer dessus non plus – à part Jaden Smith... Je peux pas m'empêcher de penser également qu'il en a probablement une grosse (askip), et que ce n'est pas une bonne nouvelle car je suis une vraie jeune fille, de ce côté. Bon, j'exagère un peu, car (comme beaucoup) j'ai testé la chose par moi-même, avec mes doigts d'abord, puis divers ustensiles, plus où moins conformes, mais en restant tout à fait dans la limite du raisonnable ! J'ai bien aimé la sensation. Sensation qui ne ressemble à rien d'autre (à ma connaissance). Il est clair qu'entre ma main qui manipule une expérience, et un corps entier ! agissant comme il en est capable, il y a un surclassement inimaginable – ce qui n'empêche qu'on essaye malgré tout de l'imaginer.

Mes pensées amoureuses voguèrent ainsi tout le jour, au gré de courants contraires, sur un océan d'espoir insensé. Or il déclinait, ce jour interminable de ma solitude, tandis que montaient les couleurs chatoyantes du soir, occupant de plus en plus l'espace d'un ciel plus flamboyant ! jusqu'à, non pas s'éteindre, mais glisser vers la nuit, comme un voleur de cœur se dissimulant pour emporter l'objet de ses désirs.

Bientôt, j'allai le revoir.



À suivre...

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

6 : la Nuit du 4 août (2) : Rencontre du 3ème type

2 : le Débarquement

1 : Interrogaytion