10 : la Nuit du 4 août (6) : la Nuit d'amour (4)


Abdoulaye était très excité ! Moi, je n'en avais déjà plus la force... comme impuissant à m'empêcher de chavirer et sombrer, à la fois dans l'obscurité protectrice de la nuit des plaisirs, la nuit de l'amour, et l'amour de l'obscur amant – au propre comme au figuré –, grand maître de cette cérémonie éternelle et à chaque fois renouvelée. Nous, c'était notre première. Chacun a peur, quand même. Pas peur de faire ce qui va se passer ou ce qu'on va ressentir, mais peur de ne pas être à la hauteur... Déjà, pour le top, il faut bander. Ça n'a l'air de rien, mais, même à nos jeunes âges, il peut y avoir un effet de panique ! (c'est le cas de le dire...) surtout la première fois. Et puis, la peur de mal faire : trop vite, trop lentement ? Ne pas faire mal, l'éjaculation rapide, parler ou pas ? que dire ? Nous sommes inexpérimentés, et, si chacun est prêt à pardonner toutes maladresses à l'autre, chacun serait tout autant mortifié d'en commettre, par peur de décevoir. Et l'on se dit que ça n'est pas possible... pas là, pas avec lui. De mon côté, je ne savais pas trop quoi faire en fait. Bon, j'ai vu des pornos... mais je ne voulais pas être dans un porno ! car j'étais d'abord et avant tout dans l'amour, avec un garçon que j'aimais, que j'aimais comme jamais je n'avais aimé, corps et âme, et que je voulais combler... mais sans passer pour une tepu, ni pour un bolosse.

C'est à peine si l'on se connaissait – de vue, plus quelques mots échangés – et voilà que mon intimité la plus profonde lui était offerte, ouverte à ses désirs – que je partageais en réciprocité complémentaire. Il pouvait tout faire, tout me faire et me faire faire : j'étais consentant, totalement abandonné à ses manipulations corporelles, grisé d'avoir de l'attrait à ses yeux, à ses mains, à sa bouche, et bientôt à son sexe. Son sexe... un objet mystérieux dont j'avais grande hâte à faire la connaissance. Le voilà, ce fruit de la connaissance absolue dont le partage valut aux humains d'être chassés du Paradis pour être précipités, nus et sans défenses, dans cette vallée de larmes. Mais il l'a emporté avec lui, ce fruit, et l'a consommé avec avidité, autant que possible, retrouvant à chaque fois son petit paradis à lui, sans morale ni jugement premier – pour ne pas dire primaire... – et encore moins de péché originel (une des pires inventions religieuses). Je ne crois pas à cette histoire mythologique ; même symbolique. Rien de ce qui est naturel n'est mauvais, même si la Nature est tout sauf parfaite ! accumulant d'innombrables souffrances pour toutes les espèces vivantes, depuis toujours, à commencer par celle de s'entre-dévorer pour survivre.

Ô comme nous en faisions partie, cette nuit-là, de la Nature et des espèces vivantes ! Jamais, sans doute, ne nous étions-nous sentis aussi en vie... C'est qu'à deux, on est doublement vivant, et si l'un disparaît, on est à moitié mort. C'est le principe de l'union. C'est pour ça qu'on se pénètre : pour faire corpsavec l'autre, l'autre soi-même... qui n'est pas soi-même ! et c'est justement ça qui est bien. Nous ne sommes qu'un happy fewà partager cette appétence pour notre même sexe, mais, en ces instants fabuleux, personne au monde n'était plus heureux que nous d'en faire partie.

On s'est encore embrassé, goulûment, puis il s'est agité d'un coup, brusquement, et m'a déculotté vivement, sans ménagement, m'enlevant le bermuda et le boxer avec. Cette sensation d'avoir les parties et les fesses à l'air devant lui était délicieuse... Mais plus délicieux encore fut le ressenti quand il releva mes jambes, me faisant basculer à la renverse – je précise qu'on s'était déplacé des rochers vers une dune avec des herbes hautes –, quand ses mains m'ont maintenu les cuisses et que sa bouche se colla à la cible convoitée, la bonne étoile indiquant la direction à suivre, sa langue s'activant à la butiner longuement, pour s'imposer à la pénétrer, à force de douceurs. Mon corps entier en frissonna. D'un côté, j'eus voulu que ça dure, mais de l'autre, j'avais hâte qu'il passe au plat de résistance, après ces amuse-bouche. Or il fit durer le plaisir, avec une maestria de maestro ! Son appétit à me bouffer le cul était insatiable... Je l'ai entendu grommeler : « Putain, c'est ça qu'je voulais ! Un bon p'tit cul blanc, bien serré. Et là, il est à moi... » Il me claquait aussi les fesses régulièrement, et c'était stimulant. Cette fois, c'est moi qui lui ai susurré :
— Viens. J'ai envie. Viens en moi.
 Je viens, bébé, je viens. Je vais te prendre... et tout donner.

Il a sorti un tube de gel. Il m'a raconté plus tard l'avoir acheté à la pharmacie, avec des capotes, en scred de ses potes, dans l'après-midi, en prévision. Pas : au cas où une occasion quelconque se présenterait, mais parce qu'il était sûr que ça allait se passer... avec moi ! et rien qu'avec moi. Ce soir ou un autre, mais très bientôt, c'était obligé. Il en avait trop envie. Il m'en a tartiné la zone, me pénétrant à nouveau d'un doigt, puis deux, m'élargissant, ce qui me fit me tordre et geindre comme une chatte en chaleur. Il s'est lui même enduit le sexe, après avoir enfilé une capote, et j'ai enfin senti son gland s'appuyer, et là mon souffle s'est arrêté. On y était. C'était LE moment. Il a poussé, mais ça ne rentrait pas... « Te bloque pas putain ! » « Mais non, je t'assure... » Alors il a remis du gel et les doigts, totalement rentrés, remuant, tournant, allant et venant, et poussant sur les bords. J'ai repensé aux fois où je m'étais introduit des objets – mon préféré étant un tube de dentifrice rigide ; l'Aquafresh étant le mieux profilé (mais il ne faut pas l'ouvrir). Et bien ça n'avait rien à voir, car ce que j'avais à l'intérieur était vivant ! et bougeait indépendamment de ma volonté. C'était mieux ! tellement...

La deuxième tentative fut la bonne. Faut dire qu'il bandait dur ! et qu'il avait mis la dose de gel... Quand le gland est entré, j'ai brusquement aspiré une grande bouffée d'air et bloqué ma respiration. Le reste a suivi, s'introduisant au max. Mon visage s'est crispé et un petit son est sorti de ma gorge. J'avais mal, vraiment mal, mais ne voulais pas le lui montrer. Bon, à l'évidence, il était mieux monté que l'Aquafresh... Il est resté à peine quelques secondes sans bouger, puis s'est retiré doucement. À la sortie, j'ai éprouvé un soulagement physique très agréable. Il a remis ses doigts pour travailler encore mes chairs, et m'a de nouveau pénétré, avec délicatesse. C'était mieux, nettement, mais avec encore de la gêne. Il a reproduit l'opération plusieurs fois, me laissant souffler entre, jusqu'à ce que les désagréments disparaissent. Puis il a commencé à bouger en moi, lentement, sans précipitation, godillant avec sa teube et chaloupant des reins comme si l'on dansait enlacés. Il s'est penché pour m'embrasser, et ce fut la double pénétration simultanée de sa langue et son sexe... tous deux se mouvant en moi. Le top ! J'aurai voulu que cela devienne un état permanent, que ça ne s'arrête pas, jamais ; qu'on meure ainsi, ici, maintenant ! maintenant que rien de mieux ne pourrait nous arriver.

On en n'était pourtant qu'au début, avec un Abdou faisant grimper à chaque coup le curseur du plaisir. « Arrête, arrête... » me suis-je surpris à marmonner, dans un délire. Fort heureusement, loin de m'obéir, ça lui a donné un peu plus d'entrain. Autre énorme différence d'avec un gode, c'est qu'il y a un mec derrière... un mec que tu vois, que tu vois en train de te baiser, qui prend de la place, toute la place, autant dans ton corps que ton esprit, que tu sens bouger avec allant et souplesse, dont tu vois la gueule, sa belle gueule de mec, qui te regarde et te pénètre aussi du regard, car c'est son être entier qui est en toi, prenant possession de tout ce qu'il peut y avoir à posséder...

Il changea de position, me retournant à quatre pattes : « Cambre-toi bien. Creuse le dos et tends ton cul. Voilààà... C'est bien là. » Et il s'est à nouveau introduit, tranquillement, sans précipitation. L'impression fut différente, car la courbure de son sexe n'appuyait pas pareil. C'était bien aussi. Tout était bien avec lui ! Et cela continua ainsi, en variant les postures, toujours à son initiative, me contentant de me positionner en conformité à ses désirs, et de subir le plus merveilleux des supplices, à la fois souhaitant que ça dure encore et encore, mais aussi ayant hâte à sa délivrance. Elle arriva finalement, au prix d'une chevauchée sauvage et d'un combat de haute lutte, dans une accélération trépidante et des grognements de sa part, débouchant sur des coups particulièrement appuyés, répétés, qui m’assommèrent en dedans. Il finit par s'écrouler sur moi, puis bascula, restant sur le dos, bouche ouverte et yeux fermés, bras et jambes écartés.

Je mis moi-même un certain temps avant de recouvrer mes esprits, totalement dispersés par ce grand tremblement de chair. Je me suis retourné à mon tour pour le regarder. J'ai vu un homme, dans toute sa splendeur. Il y avait sa beauté extérieure d'adolescent mature, mais y transparaissait également tout ce que je savais de sa capacité virile. C'était fascinant... C'est là aussi que j'ai enfin pu voir sa bite et ses couilles ! Il portait encore sa capote fripée, avec l'embout plein de sperme. Le tentation fut grande de les toucher, les caresser, les embrasser, lui enlever le préservatif pour lécher ensuite sa verge avec une reconnaissance infinie... Je l'aurai fait s'il me l'avait demandé. C'était sa première fois... et pas qu'avec un garçon : sa première fois tout court ! j'en étais sûr et certain. Il n'y avait donc pas de risque, mais je n'ai pas osé. Par timidité, d'abord, et puis par respect : c'est à lui, c'est lui, et c'est lui avec ça qui est responsable de la plus belle émotion de ma vie. Moi, j'ai pas eu les couilles de le faire... C'est lui qui les avait, et lui qui décidera. Et quoi que ce sera, cela m'ira toujours, forcément.

Je me suis couché sur lui, la tête sur sa poitrine, écoutant sa respiration plus lente et battre son cœur. Ses bras se refermèrent sur moi et l'on s'est endormi ainsi, sans dire un mot.

À suivre...

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