8 : la Nuit du 4 août (4) : Nuit d'Amour (2)
Il y a toujours un avant et un après. Et entre les deux, un pendant. Or là, Abdou et moi, on y est. Je parle de l'acte sexuel, de l'accouplement, de la copulation, de la fornication, de la sodomie. Tout le monde – dans notre monde parallèle – en a envie ! et tout le monde en a peur, la première fois. « Vais-je avoir mal ? Vais-je avoir du plaisir ? »
J'ai pensé ça parce qu'il était évident que je serais bottom et lui top. Personne n'a abordé la question. Je sais pas comment ça se passe entre deux versas1, mais c'était clair qu'Abdou était au top du top ! Je le sentais physiquement, car il se comportait, dans sa gestuelle et sa manière d'être, comme si j'étais une fille... Ça me gênait assez – tout en étant un peu excitant en même temps. J'ai même pensé qu'il allait me caresser la poitrine ! cherchant des seins... Mais non, ce sont mes fesses qui l'intéressaient, car il n'a pas tardé à y mettre la patte. Cette main au cul, elle a tout changé en moi. Quand on s'embrassait, on était sur un pied d'égalité : je l'embrassais autant qu'Abdou m'embrassait, même si c'est lui qui a pris l'initiative d'avancer sa bouche vers la mienne – instant irréel d'une inimaginable lenteur et douceur. Mais en posant la main sur moi, et qui plus est sur cette partie de moi, il en a pris possession, tout simplement, évidemment, sans la moindre discussion possible. C'était un geste d'homme, et j'ai adoré ça.
Mais pas d'ambiguïté : je suis aussi un mec ! Et c'est normal, et ça ne pose aucun problème, car nous sommes des homosexuels, et nous savons ce que cela veut dire. Bien sûr, il y a de tout, chez nous, et de toutes les couleurs de sensibilités et d'identités, et c'est bien pour ça qu'on a un drapeau arc-en-ciel... Or, entre nous deux, tout s'est fait naturellement, sans équivoque. Du reste, Abdou m'a dit : « Tu sais quoi ? T'embrasser, c'est mieux qu'avec une fille... » Et j'ai répondu : « Tu sais quoi ? T'embrasser, c'est mieux parce que c'est toi. »
La nuit du 4 août 1789, c'est l'abolition des privilèges ; mais ma nuit du 4 août 2018, j'en ai acquis un sacré, immense ! Le privilège d'avoir un copain, un petit ami, un boy friend, un amoureux, un amant.
Et donc, pendant le long déroulé du baiser, mine de rien, Abdou s'affairait à des caresses sensiblement dirigées. Il y eut d'abord les caresses pour moi – comme celles qu'on donne à un chien ou un chat...–, de sorte qu'elles me procurent des sensations agréables, apaisantes, pour me faire plaisir, mais aussi pour me rendre docile et me faire accepter plus facilement ce dont il avait envie, et qu'il avait décidé ! Ce qui l'amena aux caresses pour lui, pour l'exciter en touchant certaines parties de mon corps, plus précises et moins anodines... Je l'ai dit, il s'agit de mes fesses bien sûr, caressées encore et encore. Ça les mettait en valeur, à l'honneur, indiquant qu'elles allaient avoir bientôt un rôle déterminant, essentiel.
Pour lui répondre, la logique eut voulu qu'à mon tour je lui prodigue des caresses plus sexuelles que sensuelles, dirigées vers le pendant de ce qui l'intéressait chez moi, et qui m'intéressait chez lui... N'osant pas y aller, par timidité et ne sachant si c'était ce qu'il attendait de moi, je me le suis imaginé, pour m'entraîner avant d'oser me lancer. Il portait un jogging assez ample et il faisait évidemment sombre, et comme on ne décollait pas l'un de l'autre à nous galocher, impossible de baisser la tête pour un repérage. Je ne me voyais pas y aller à l'aveuglette, tâtonnant dans l'étoffe pour débusquer la bête qui se tenait quelque part par là-dessous. J'aurai pu tenter une approche progressive, mais commencer par un genou eut été totalement ridicule ! Et donc je n'ai rien fait.
Et pourtant... j'ai raté un truc. Le truc en question, c'était cette partie de lui-même qui ressemble à un rajout de dernière minute, parce qu'il restait encore à Dieu un peu de pâte à modeler dont il ne savait que faire. Il l'a collée là, car c'est ici que ça se voyait le moins. « Personne n'y fera trop attention... » s'est-Il dit dans Son infinie sagesse. Comme quoi.2
Et donc j'aurais été en contact avec la chose – sa chose. Et même si le tissus s'interposait entre ma main et ses parties intimes, cela n'aurait pas empêché que quelque chose puisse passer et se passer ; entre nous, et chacun de son côté. Le cœur bat alors plus vite, et le sang bouillonne, affluant vers ce point central (finalement) de notre anatomie, ayant pour effet d'en gonfler la structure interne des corps caverneux, ce qui provoque un déploiement dimensionnel conséquent, ainsi qu'une rigidité propice à pénétrer tout corps étranger muni d'un orifice adéquat proportionné. C'est du moins comme ça, selon des sources bien informées (et néanmoins secrètes) que Lucifer – qui n'était encore que « le plus beau des anges, celui qui apporte la Lumière » (Lucis ferre) – a vendu le truc à Dieu, histoire de résoudre cette histoire de reproduction pour laquelle le grand Créateur était à court d'idées... Cela avait au moins l'indéniable avantage de rendre utile la babiole que le Très-Haut avait placée là sans savoir qu'en faire. Ce que ce diable d'archange a délibérément omis de Lui dire, c'est que ça pouvait aussi idéalement s'adapter à n'importe quel individu de n'importe quel sexe... Petite facétie innocente dont il Lui réservait l'amusante découverte une fois qu'il serait trop tard pour tout changer. Sans verser dans le satanisme pour autant, on peut quand même en avoir de la reconnaissance envers le Prince des Ténèbres, car la vie eut été moins fun pour nous-autres sans cette possibilité pleine de débouchés des plus stimulants. Faut être honnête : la conception d'une bite, ça mérite un 10 au concours Lépine...
Faut pas avoir peur de le dire qu'on aime la bite ! Rien n'est méprisable ni honteux dans l'amour, quel qu'il soit, ni dans le sexe proprement dit – et proprement utilisé. Ah, le sexe d'Abdou... Sa queue, sa bite, son sgueg, sa teube, son pénis – j'en passe et des meilleures –, ce lui intime et pénétrant, si particulier et secret, révélé lors de contacts externes en de si délicieuses circonstances... Au stade où je parle, il bandait déjà. J'ai vu plus tard qu'il bandait très vite. C'en était presque un peu dommage car j'aime bien voir et toucher une verge au repos. Mais si l'on veut qu'elle y reste, il vaut mieux ne la toucher qu'avec les yeux. Encore que, je suis sûr que rien que la lui regarder l'aurait fait bander. Pour ça, Abdou, c'est un bouc. Oui, ça nous aurait fait quelque chose à tous les deux, si j'avais osé la toucher : à moi, de l'émotion de sentir sa force à m'aimer, et lui de sentir son acteur principal fin prêt à entrer en scène et près de nous procurer mutuellement ses sensations fortes, dans un duo d'anthologie... « Moteur ! » crient en harmonies les anges et les démons, chacun pour leurs raisons. Les premiers pour l’exaltation de l'amour universel et sans contraintes, les seconds croyant nous précipiter dans le feu du pêché mortel... Sauf que, sans en souffler mot à Satan, Dieu fit quand même une petite mise à jour du logiciel, faisant que l'amour réciproque bénéficiait d'une totale et absolue immunité, ici-bas comme dans l'au-delà... Et que celles et ceux qui ont le cœur et l'esprit trop racornis et calcifiés pour ne pas se rendre compte de cette pourtant si simple évidence aillent se faire démonter par les démons !
En attendant, mon amant et moi sommes seuls au monde, avec notre désir commun, tout comme notre embarras. Comment est-ce qu'on va faire ? Quand est-ce que ça commence vraiment ?
À suivre...
1 : Versatiles, qui font les deux.
2 : Que les bigotes ne me crucifient pas (du regard) : Dieu est juif, donc Lui a de l'humour...
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