5 : la Nuit du 4 août (1) : la Soirée
On a tous été dans la maison de Rapha, histoire de se faire une toilette soignée, après notre périple en mer, lequel fut bien plus calme que le gros temps (mental) qui s'annonçait pour la fête de ce soir. Chacun avait à cœur d'être le plus aguichant... et le plus propret, au cas où. Ce fameux « cas où » qui sème le chaos dans nos esprits déjà très échauffés. Au cas où une personne voudrait avoir un rapport sexuel avec nous – enfin, séparément ! (j'imagine). C'est fou parce que des tas de gens font l'amour en permanence, sur Terre, et ce n'est donc en rien un événement. Et pourtant, c'en serait un de méga badasse si ça arrivait à l'un d'entre nous, ce soir. Parce que le propre des choses qui doivent bien arriver tôt ou tard, c'est qu'elles n'arrivent jamais ! TMTC. Or les cieux, un temps menaçants météorologiquement parlant, se sont singulièrement éclaircis pour deux d'entre nous qui touchèrent le Graal ce soir-là... tandis qu'un troisième a pris une sérieuse option avec un festival de galochage et que le quatrième dut se contenter de regards prometteurs – ce qui est peu, mais pas rien.
Avant l'arrivée des Parisiens, on était une bonne vingtaine, à peu près bien répartis en proportion des sexes et des âges (15 à 18 ans). Un groupe de six Néerlandais, 2 mecs et 4 filles, venaient d'un bateau. Ils attiraient plus, car l'étranger a toujours un charme étrange que le local n'a pas. Il y a l'accent qui joue beaucoup, mais aussi les manières et l'horizon forcément lointain d'où il vient. C'est qu'ils sont légions, les jeunes qui rêvent d'y aller, au-delà de l'horizon, le leur étant trop petit, pour leurs ambitions... Ils s'imaginent qu'en partant ils laisseraient leur mal-être là où ils ne veulent plus être. Est-ce qu'on ne l'emporterait pas avec soi ? Mais peut-être qu'alors on le ferait taire, étouffé sous les nouveautés. Et ce n'est donc que cela : l'attrait de nouveautés. C'est tout de suite moins glorieux. Je n'ai jamais rêvé du Canada ou de l'Australie... et encore moins des USA ! Oh si, pour y passer, mais pas plus. Et encore, rien ne dit que j'y aille jamais. Je ne suis pas franchement attiré par le mode de vie anglo-saxon. Ils vénèrent la réussite ! à savoir l'argent, tout en étant très coincés sur des tas de choses, comme la religion ou les armes – et sans parler du culte de la surconsommation. Je trouve ça beaucoup plus terrifiant qu'attirant.
Les Néerlandaises étaient attirantes... aux yeux de mes amis, qui n'en avaient que pour elles. En revanche, les mecs étaient bof-bof. Un peu rougeauds, plein de boutons et très grands. Limite, je trouvais les filles mieux ! c'est pour te dire. Mes collègues réussirent à en choper deux, une pour Rapha qui parvint donc à la ramener chez lui – l'avantage d'avoir du dur à proposer (en parlant de sa maison) –, et une qui fit du bouche-à-bouche avec Sacha toute la soirée, sans qu'il y ait moyen d'aller plus loin si vite, semble-t-il. Ceci dit, connaissant mon Sacha, je pense que ça l'arrangeait de ne pas trop précipiter et respecter des paliers de pression. Il lui a quand même aussi caressé les seins. Bref, pas à se plaindre... contrairement à Erwan qui fut le moins heureux et chanceux, car il eut plusieurs touches, mais rien de concret, à part deux num (de tél), sans trop savoir si c'était prometteur ou pas. Faut dire qu'il avait picolé et que, si cela désinhibe, ça diminua aussi sa prestance, tout en le rendant un peu (beaucoup) relou avec les demoiselles. Rapha aussi avait un peu bu, mais vraiment pas beaucoup. Sacha et moi, rien. Pourtant, j'ai bien failli boire plus d'une fois, et même vouloir me bourrer la gueule – ce qui aurait été très vite, vu que je ne bois jamais. C'est que, pour moi, ça allait mal. Déjà, dans ma catégorie, c'est le tirage de la mort ! à tous les coups l'on perd... Va-t-en dénicher un gay là-dedans ! et qui soit à mon goût, en plus... même si ce dernier critère n'était pas le plus difficile, loin de là, vu que j'avais vraiment la dalle. Mais bon, de toute façon, même si un char de la Gay Pride était passé, je ne serai pas monté dessus, ayant déjà le cœur comme l'esprit (et tout ce qui peut l'être) suffisamment occupé par un et un seul garçon, dont l'image mentale m'éblouissait sans cesse dans la nuit de ma solitude.
Au début de la soirée, la bande des cités n'était pas là, et je me suis dit qu'ils allaient pas venir. Puis j'ai pensé qu'ils allaient sans doute venir, mais pas lui. Pas besoin de trouver une raison : des tas me venaient en tête, toutes hideuses et moqueuses de ma déconvenue. Et puis ils sont arrivés, et luiavec. Soulagé ? Pas du tout ! Bien sûr, pendant un temps, je ne l'ai pas quitté des yeux, incrédule de contempler à nouveau ce demi-dieu, à l'aise au milieu d'un groupe qui ne prenait pas conscience du merveilleux de sa simple présence... L'approcher ? Un doux rêve, mais juste un rêve... Il y avait un petit effet de meute et ça mettait des barrières (pour moi). Eux étaient très liants... mais essentiellement avec les filles, et y a deux Hollandaises qui ont craqué, je crois. Les deux restantes, en fait, car mes collègues en avaient déjà alpagué une paire, comme je te l'ai dit. Les lascars avaient qu'à être là plus tôt : premiers arrivés, premiers servis ! J'ai remercié mes copains d'avoir soustrait deux dangers potentiels d'attirance à l'appétit de qui tu sais, et que ses amis appelaient « Doudou », ou un truc comme ça, parce que je n'ai jamais été trop près d'eux.
Le supposé Doudou, il était peu exubérant, riant quand même beaucoup (et fort) aux blagues de ses potes. Mais bon, tu vas peut-être dire je-sais-pas-quoi, mais c'était pas facile de l'observer, vu qu'il a la peau très sombre, que c'était la nuit et qu'il y avait qu'un petit feu de camp pour éclairer... Alors, je me suis finalement rapproché. Ne me demande pas comment j'ai trouvé ce courage... Là, je l'ai mieux vu. Pas mieux qu'hier, mais le mieux de ce soir. Il dansait à moitié, se déhanchant trankil et gracieux, sans forcer. J'étais fasciné, oubliant tout le reste, comme un chasseur à l’affût de sa proie. Sauf qu'il s'agissait d'un fauve ! et que j'oubliais toute prudence à ainsi le fixer. S'est-il senti observé ? Il a tourné les yeux vers moi. De ses yeux, je voyais que le blanc, mais ça lui donna un air de sorcier, de grand diable ! ou que sais-je comme phénomène sorti du fond des ténèbres des légendes africaines. Ma bouche s'est ouverte, le temps de le voir sourire, l'éclat de ses dents mordant mon œil énamouré d'un tranchant aussi doux que cruel. Or ce n'était pas à moi qu'il souriait, mais à lui-même. Il savait. Je l'ai vu. Rien de plus à dire : il avait tout compris. C'était lui le chasseur, en fait, et moi la proie. Bah, je ne demandais pas mieux ! mais s'il suffisait de demander...
Lui, ce qu'il demandait, je préférais ne pas le savoir... C'est vrai, vu la faible proportion de gays dans la nature, il y a peu de chance que ses aspirations aille pour autre chose qu'une petite délurée facile à attraper. Je vois ça d'ici : les minauderies de la demoiselle en face des postures forcées du gars. Il lui dira des tas de conneries, ridicules et mensongères, et elle, elle boira ses paroles, croyant à tout – et même encore plus, dans sa tête. C'est ça la nature : les filles sont programmées pour gober toutes les couleuvres des garçons, même les plus grosses ! Sinon, si la raison avait sa place dans cette affaire, rien ne serait plus possible, et l'humanité s'éteindrait rapidement. C'est quand même un peu vexant de penser que notre survie tient à la sottise des filles, laquelle ne fait que répondre à l'incapacité de la plupart mecs à séduire sans mentir.
J'étais aux taquets pour détecter la moindre approche, vers lui ou de lui. C'est le second cas qui me faisait le plus peur, car ça voudrait dire que c'est une meuf qu'il cherche, que c'est une meuf qui le fera bander, qui lui fera des trucs et qui le fera jouir ! ici ou ailleurs, tôt ou tard... L'idée m'était insupportable et j'ai tourné la tête pour ne pas voir ce qui pouvait arriver. Comme si c'était déjà arrivé, je me suis éloigné, profondément troublé. J'étais pas taillé pour lui tenir tête, et encore moins à l'aborder. Alors, ok, j'étais dans une soirée où il était. Donc, il était pas loin, visible. Je pouvais même le toucher, sous un prétexte quelconque. Mais et après ? Il se passe quoi ? Je l'embrasse dans le cou, je lui mets la main au paquet ? Et c'est là que j'ai (re)pensé à son sexe. C'est que lui aussi, il était là, à proximité ; à porté de main, de bouche... Et aussi ses couilles, ses fesses, tout son corps nu (sous ses habits). Bordel de merde ! Et moi je restais là, comme une cruche, à y penser dans mon coin, tandis que du coin de l’œil, j'en matais ce que je pouvais, à la dérobée, que surtout lui ne le remarque pas. Ben bien sûr ! dès fois qu'il puisse être intéressé... (sait-on jamais) mieux valait le décourager très vite. C'est sûr que je suis con, mais c'est pas toi qui dois subir d'être aussi timide que moi. C'est pas du tout le cas quand je suis sur les réseaux, par exemple, mais IRL, y a plus personne.
Plus personne... c'était peut-être ça, la solution. Pas la solution que mon rêve soit exaucé, mais pour moins souffrir. C'est que j'étais vraiment mal, et mal parce qu'il était là – après avoir attendu ça toute la journée. C'est comme si j'étais trop près du feu, et que ça me brûlait, et que je bougeais pas. « Et puis merde ! » que je me suis dit. Merde à la vie qui peut se montrer la pire des salopes, et en particulier avec les fragiles dans mon genre. Mon pauvre genre, celui qui est le plus objet de discrimination, partout sur Terre, et de tous temps. C'est prévu que ça s'arrête un jour ? Et bien, pour ce soir, j'en avais ma dose. J'ai décidé de partir, au moins pour éviter tout ce spectacle où je me sentais ridicule et inutile. J'ai pas voulu regagner le camping, car je n'avais pas sommeil et que je trouvais ça humiliant. J'ai donc filé, sans me retourner, plus loin, vers des rochers, car c'est de loin dont j'avais besoin.
À suivre...
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